Confinement : avons-nous vraiment retenu la leçon ?

Article & Info

Texte : Christine Delachienne

Face à ces événements inédits qu’ont été la crise sanitaire du Coronavirus et le confinement, de nombreuses inégalités sociales sont apparues au grand jour. La prise de conscience de l’impact de nos modes de vie sur l’environnement est d’une ampleur inédite, nous mettant face à nos propres contradictions.

Mais avons-nous vraiment retenu la leçon ?
Le retour au quotidien et à la normalité ne va-t-il pas effacer ces moments exceptionnels et difficiles que nous avons vécus ?

Des métiers indispensables
toujours en mal de reconnaissance

Des professions sous le feu des projecteurs
pendant la crise du COVID

Pendant la crise sanitaire, de nombreux métiers se sont retrouvés mis en avant : personnel médical surtout, mais aussi éboueurs, caissières de supermarchés, etc. Ces professionnels, qui ont permis à bon nombre de Français de supporter la crise, ont été promus au rang de métiers « essentiels ». Hier peu reconnus, souvent mal rémunérés, voire déconsidérés par la société, ils ont été hissés au rang de nouveaux héros du quotidien !
Ce sont effectivement les employés les plus fragiles économiquement, dont les niveaux de salaire tournaient autour du SMIC, qui ont été exposés à un double risque sanitaire et économique pendant la crise.

Une prise de conscience
qui va s’inscrire dans la durée ?

Alors que la crise n’en finit pas de s’étirer, ces métiers invisibilisés vont-ils gagner en reconnaissance dans le monde d’après ?

Certes, des primes ont été versées (primes Macron notamment), mais faudra-t-il en rester là ? N’est-ce pas aujourd’hui la grille des valeurs de nos métiers qu’il faut revisiter en promouvant un système qui prend réellement en compte leur utilité sociale ?

L’accentuation des inégalités
envers les femmes pendant le confinement

Une autre leçon à tirer du confinement, et des conséquences de ce repli sur la cellule familiale, c’est l’importance du rôle qu’ont joué les femmes. Alors qu’elles sont très représentées dans les métiers dits “essentiels” mis en première ligne, elles ont aussi joué un rôle pivot à la maison jonglant entre les tâches ménagères, le télétravail et la gestion des devoirs des enfants.

La charge mentale des femmes en hausse

De nombreuses études réalisées pendant la crise sanitaire ont mis en exergue un accroissement significatif des inégalités.

Alors que crèches et établissements scolaires étaient fermés, les parents ont dû assumer davantage de tâches : courses, repas, cours… Les femmes ont été beaucoup plus mises à contribution. Selon une enquête de l’INSEE réalisée en mai 2020 : 32 % des femmes et (seulement) 19 % des hommes ont déclaré avoir consacré entre 2 et 4 heures aux tâches domestiques, soit un écart de 13 points. C’est, un peu plus de 20 % des mères de famille qui ont dû renoncer à travailler pour garder leurs enfants, soit près de deux fois plus que les pères (12 %).

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Une recrudescence des violences
faites aux femmes pendant le confinement

Une autre conséquence du repli intra familial a été l’augmentation des plaintes pour coups et blessures (+4 %) par rapport à 2019. Là aussi, les femmes ont été les premières concernées. Les plateformes d’aides et numéros d’appels spéciaux ont d’ailleurs été plus sollicités : 29 0000 appels au numéro national pour les femmes victimes de violences en avril 2020 et 23 000 en mai contre 10 000 en moyenne d’octobre 2019 à mars 2020.

Pour autant, le rôle des femmes dans nos sociétés sera-t-il revalorisé ?
À quand une rétribution à leur juste valeur des compétences sociales déployées par les femmes ? Souvent jugés à tort comme le prolongement de « compétences naturelles » (être empathique, sourire, soigner…), ces métiers qui mettent en avant l’humain sont souvent moins considérés.

Mais les choses bougent, le 3 mars 2021 plusieurs syndicats se sont regroupés pour lancer un appel en faveur de la correction de l’index d’égalité femme-homme pour une meilleure prise en compte de la situation des femmes.

La crise sanitaire a-t-elle permis de nous réinterroger
sur nos modes de vie ?

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Un rapport au temps bouleversé et
la découverte d’activités culturelles nouvelles

Avec le confinement, nous avons tous été contraints de rester chez nous. Un nouveau rapport au temps nous est apparu. Plus long, plus monotone peut-être parfois plus ancré dans la solitude mais aussi tourné vers la découverte de nouvelles activités. L’étude réalisée par le ministère de la culture sur les pratiques des Français pendant le confinement souligne la hausse des activités en amateur. C’est le cas notamment pour la musique, la danse, les arts graphiques, le montage audio et vidéo.

Autre bonne nouvelle, le confinement a permis à certains groupes sociaux d’augmenter leur pratique d’activités. En 2018, les cadres pratiquaient 2,2 fois plus une activité en amateur que les ouvriers, en 2020, cet écart s’est résorbé.
Cet intérêt pour la pratique artistique en amateur met en lumière un besoin d’expression de soi de maintien du lien social grâce à des productions individuelles ou collectives.

Une quête de sens
qui s’est amplifiée pendant le confinement

Pour certains, le confinement a été un moment d’introspection imprévu. Il a permis de prendre du recul, de se plonger dans ses envies profondes et de questionner son rapport au travail notamment. Pour tous ces actifs qui avaient dans un coin de leur tête l’idée de se reconvertir, le confinement a pu être un déclic .

Souhait d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ? Quête d’un métier plus porteur de sens ?
Alors oui, une des leçons à retenir du confinement, c’est que cela a été l’occasion pour certains de concrétiser leurs projets professionnels et d’oser aller davantage de l’avant.

 

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Vers une consommation plus raisonnée

La crise sanitaire de 2020 a été un formidable accélérateur des tendances qui préexistaient en faveur d’une consommation plus responsable et plus saine. La limitation des déplacements, la prise de repas en famille, à la maison a permis de renforcer le faire-soi même et l’achat de produits non transformés.

Ainsi, l’observatoire de la consommation responsable publié en janvier 2021 met l’accent sur le niveau élevé de conscience de la gravité de la situation environnementale des Français. En effet, ils sont 61 % à juger cette situation très préoccupante.
Cependant, pour de nombreux foyers, la crise sanitaire s’est traduite par des périodes de chômage partiel et de baisse de revenus. Ainsi, pour ces familles, le budget pourrait constituer un frein à une consommation plus responsable si certains produits s’avèrent plus coûteux.

Le confinement : un impact positif
mais encore fragile sur l’environnement

Un monde à l’arrêt. Telle a été notre vision du pays pendant plusieurs semaines. Très concrètement, la planète a respiré et la qualité de l’air s’est bien améliorée. Dans le même temps, les préoccupations environnementales des Français sont restées élevées, l’environnement est leur première préoccupation en mai 2020 (30 %), juste devant le chômage (18 %) selon une enquête de l’ADEME.

Enfin, et c’est sans doute là un fait important, la prise de conscience de l’impact de nos modes de vie sur la propagation des épidémies est bien réelle et ancrée dans les esprits collectifs. Une majorité de Français estime désormais que l’économie doit être réorientée vers des activités qui prennent mieux en compte l’environnement.

Mais cette leçon donnée au monde entier sur la fragilité de la planète est-elle suffisante ?
La pandémie nous laisse malgré tout face à de nombreuses contradictions. Cette période a en effet donné lieu au développement de certaines pratiques très polluantes : augmentation des livraisons à domicile et de la vente en ligne, boom des achats en équipements numériques liés au télétravail ou aux loisirs, etc.

Alors oui, certaines leçons de la crise sanitaire seront sans doute difficiles à retenir et à surmonter tant les difficultés sociales qu’elles mettent en avant reflètent les nombreuses inégalités et incohérences de notre société. Et puis, avoir quitté aussi longtemps sa “zone de confort” fait peur, comme en témoigne ce sondage de janvier 2021 : “53 % des Français espèrent aujourd’hui un retour rapide à la situation d’avant-crise, c’est 21 points de plus qu’à l’été dernier” (source : Obsoco).

Cependant, de nombreux experts s’accordent au moins sur une chose, c’est que cette période inédite aura permis à beaucoup d’entre-nous de s’interroger sur ses propres pratiques de consommation et de revoir ses priorités en s’engageant vers des comportements plus vertueux ou tout simplement plus frugaux selon les cas.

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