L’Ecole des Bois | Forest School :
Eduquer par la Nature

©Annie Spratt


Le contexte de pandémie actuel, nous pousse à repenser notre
système d’éducation ! Et si c’était le moment d’enfin sortir de notre zone de confort et d’affronter nos peurs ? Comment éduquer autrement ? Comment enseigner par la nature ? Comment rapprocher nature et éducation ? 

Découvrez l’école de la forêt, son histoire, ses bienfaits, ses freins et ses applications à travers le monde.

 

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©Annie Spratt

La Forest School :
Qui a eu cette idée folle ?

Et non, ce n’est pas Charlemagne !

Plusieurs initiatives d’éducation en plein air ont vu le jour à la fin du 19ème, début du 20ème siècle. En 1914, par exemple, les sœurs McMillan, ont mis en place “une crèche en plein air” à Peckham en Angleterre. Une amélioration évidente sur la santé de l’enfant avait été aussitôt observée. Puis cette expérience d’école en forêt s’est renouvelée en 1927 aux Etats-Unis dans le Wisconsin.

Dans les années 50, Ela Flatau au Danemark a l’idée de créer des jardins d’enfants en forêt. C’est un besoin urgent de crèches qui a été à l’origine de la mise en route d’un tel projet. Ces écoles en forêt, sont appelées en suédois “Ur I och Skur”, soit “dehors par tous les temps”.

Ce concept s’est d’abord répandu dans toute la Scandinavie, puis en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie et maintenant dans beaucoup d’autres pays du monde.

De nos jours l’Allemagne compte environ 1 000 structures de « garderies en forêt » ou « Waldkindergarten », le Danemark arrive juste derrière avec environ 700 maternelles qui proposent cette méthode d’apprentissage alternative.

 

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©Markus Spiske

L'Education doit-elle
se faire avec la Nature ?

Entre l’explosion de la technologie qui imprègne notre existence quotidienne, et l’orientation académique toujours plus marquée des établissements traditionnels, l’école de la forêt offre un autre point de vue pour équilibrer ces tendances !

Jacques Ulmann, philosophe et historien de l’éducation, évoque dans son ouvrage La nature et l’éducation, « qu’une réflexion sur l’éducation : c’est inévitablement se préoccuper de ses rapports avec la nature. »

En effet, il semble, primordial de lutter contre l’amnésie environnementale, décrite par le psychologue Peter. H. Khan. Un mécanisme psychologique, que l’on observe de plus en plus.
Qu’est ce que c’est ?
C’est notre acclimatation, au fil des générations, à la dégradation de notre environnement. Nous prenons  comme référentiel de la nature celui que nous connaissons depuis notre naissance, en ignorant les cycles d’évolution du vivant. Un élément de comparaison erroné qui fausse grandement la perception de notre environnement.
Nous finissons par considérer comme « normal » un état de dégradation environnemental avancé, explique Anne-Caroline Prévot directrice de recherche au CNRS

Trop coupés de la nature, certains disent même que les enfants souffrent du “syndrome de déficit de Nature” (Richard Louv) qui provoque anxiété, trouble du comportement, difficulté à la concentration, obésité, stress et hyperactivité.

Alexandre Dumas le formulait déjà parfaitement au XIXe siècle : « Les enfants devraient vivre au grand air, face à face avec la nature qui fortifie le corps, qui poétise l’âme et éveille en elle une curiosité plus précieuse pour l’éducation que toutes les grammaires du monde. » 

 

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© Maitresse Aurel

A travers les études de Julie Delalande, anthropologue de l’enfant, on comprend bien l’importance d’intégrer la nature dans nos modèles éducatifs. Son analyse des cours de récréation fait froid dans le dos !
Elles ne répondent pas aux besoins des enfants. Elles sont prévues pour être entretenus facilement et surtout être sécurisées. Les cours sont plates et goudronnées. Tous les bac à sable ont été retirés et les pieds des arbres bétonnés pour éviter que les enfants ne creusent !  

Dans un monde aseptisé, l’éducation recherche le risque zéro, développant et entretenant ainsi nos peurs. 

Une étude britannique, menée par Natural England, montre même que les trois quarts des enfants britaniques sortent moins que des détenus ! Ahurissant. 

En 2015, Santé publique France nous apprends que 4 enfants sur 10 ne sortent pas à la récréation et préfèrent rester dedans par peur de se faire mal, par envie de jouer sur les écrans ou par difficulté de mobilité. (Source : Etude Nationale sur la Santé et la Nutrition des enfants de 3 à 10 ans)

 

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La Forest School :
Grandir avec la Nature

Grandir avec la nature, c’est apprendre à connaître la biodiversité, avoir un certain respect, une discipline envers la nature et envers soi même. 

Si l’enfant comprend dès son plus jeune âge la nature, il sera enclin à la protéger davantage. S’il comprend qu’il en fait parti, que lui même est un élément de cet écosystème, sa volonté de la défendre et de vivre en harmonie avec le vivant sera une évidence.

Pour Sarah Wauquiez, pédagogue à la fondation Silviva et auteure du livre Les Enfants des bois, cela ne fait aucun doute :
“La nature est un espace d’explorations et d’expériences sans limite. Un espace de jeu et d’apprentissage pour les enfants, mais surtout un outil pédagogique pour le développement de leur lien à la vie. Les trois buts principaux sont le plaisir de l’enfant, son développement intégral, et lui permettre de fonder une relation émotionnelle à la nature”

Pédagogie du Dehors : 9 Bienfaits

Les bienfaits de cet enseignement sont indiscutables, pour les enfants mais aussi pour parents et enseignants !
Elle permet le développement psychique, physique et cognitif de l’enfant.
Voici les bienfaits principaux d’une école au contact de la nature :

1 – Stimuler les sensations : leurs 5 sens sont éveillés. 
La nature propose gratuitement des milliers de textures, de matériaux différents. Chaque saison est une nouvelle découverte de bruits, d’odeurs, de textures et de couleurs.

2 – Développer leur imaginaire : ils peuvent tout inventer, tout créer. L’enfant est à l’initiative de son apprentissage. Ils ont le champ des possibles, leur imagination est en quelque sorte leur seule limite.

3 – Augmenter leur capacité de concentration, de mémoire et d’adaptation. C’est une source d’apaisement, qui en plus améliore considérablement le sommeil.

4 – Développer la motricité : 
marcher, courir, grimper. C’est une véritable pédagogie du mouvement, de l’éveil, de la curiosité et de l’exploration. Se repérer dans l’espace est bien plus complexe dans la nature que entre quatre murs. Les chutes, s’il y en a, permettent à l’enfant de mieux gérer les risques. On parle alors de risques sains.

Cet enseignement permet de lutter contre la sédentarité. Nous sommes programmés pour bouger à l’extérieur. Il est néfaste pour l’apprentissage et la santé de rester tout le temps assis.

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©Leo Rivas

5 – Développer l’indépendance et la confiance en soi: 
une étude réalisée sur 5 ans dans un établissement scolaire au Texas, montre que dans le cadre d’un enseignement par la nature, les enfants apprennent mieux leur propres capacités et limites et ont donc une meilleure estime d’eux-mêmes.

6 – Renforcer le système immunitaire : les enfants tombent moins malades, ils ont moins de problèmes cardiovasculaires, d’allergies, de déficit de mobilité, d’obésité. On observe une diminution des taux de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité.

7 – Diminuer le stress : dans un lieu moins artificiel, moins bruyant,  le stress diminue considérablement pour l’enfant et l’enseignant. Une meilleure relation enfants-maîtres en découle.

8 – Développer d’autres formes d’intelligences : comme l’intelligence kinesthésique : du corps et du mouvement, l’intelligence naturaliste : observer et comprendre les éléments naturels. L’enfant prend sa place en ayant un rapport corporel et sensoriel à la nature plutôt qu’intellectuel. 

9 – Connaître le vivant : avoir conscience de leur environnement, des éléments qui le composent, prendre conscience des saisons et du temps qui s’écoule. A chaque saison sa découverte : floraison, flaques, escargot, insectes, bourgeons et feuilles.

Les enjeux sont multiples et la liste est encore longue !

 

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L'Ecole des Bois :
Et si vous donniez cette chance à vos Enfants ?

Exemples dans le monde

Cet enseignement répond autant à un besoin pédagogique que pratique : trop nombreux par classe, coûts des matériaux pour jouer, moins de maladies infantiles et contagieuses, etc. C’est pourquoi beaucoup de pays l’ont mis en place pour le grand bonheur de leurs petits citoyens !

Voici quelques exemples d’initiatives dans le monde :

Le Danemark ne manque pas d’établissements valorisant la pédagogie par la nature. Dernièrement, l’école du quartier Sydhavnen à Copenhague a été pensée et construite pour permettre aux enfants de bénéficier le plus possible des bienfaits de la nature. Au bord d’un canal, la cour orientée plein sud, un potager, une multitude de petits parcs, l’école répond au besoin de sortir des murs

A Majorque, aux Baléares, dans le village de Bunyola, “l’Outdoor Education” fait l’unanimité depuis 2014. Son école “Ses Milanes, créixer a la nature”, est fondée sur le principe des “waldkindergarten”. C’est un exemple moteur pour L’Espagne. Depuis sa création, d’autres écoles du dehors fleurissent, notamment à Ténérife.

L’Écosse a intégré l’apprentissage à l’extérieur au programme officiel depuis 2010.
Les enseignants britanniques sont également formés aux classes en plein air. Les architectes québécois imaginent l’école de demain, s’inspirant d’expériences au Danemark.

L’école Wolf, en Colombie Britannique, a un programme de 3 jours par semaine en forêt, quel que soit le temps. Les enseignants notent de nombreux changements : plus de coopération, d’entraide et d’empathie. Ils constatent que les élèves se placent davantage dans une posture d’écoute et ont un rapport à la vie plus mature.

En France la première maternelle de la Forêt a ainsi ouvert à la rentrée de septembre 2018 au domaine de Marsac, en Charente.

Un exemple intéressant : Hildegard Heinzle, directrice d’une école maternelle à Dijon a pris l’initiative d’ensauvager sa cour de récréation, elle a fait venir des gros cailloux, de la terre, des morceaux de bois, des plantes… pour créer un espace de vie sauvage. « Cela fait 4 ans que nous travaillons dans cet espace « ensauvagé » dans la cour et nous n’avons jamais eu d’accident. »

En Suisse, on compte beaucoup d’initiatives que ce soit au bord des lacs, dans les jardins ou en forêt. D’abord en Suisse Alémanique, puis en Suisse Romande qui compte désormais de nombreuses structures : des Eco-crèches comme l’association Eveil en Forêt à Genève, Point Nature propose une école 100% en forêt, et le fameux collège de Champittet vient de mettre en place, depuis la rentrée 2020, un programme de pédagogie « à ciel ouvert » !

A Plymouth, en Angleterre, l’association Beach School South West, travaille avec des école qui prévalent l’enseignement par la nature et emmène les enfants faire des classes sur la plage.  Les bénéfices sont énormes : “Ils dorment mieux, ont un meilleur appétit, nouent des amitiés très fortes et ont une incroyable créativité”, explique une des enseignante.

En Australie, de nombreuses écoles à ciel ouvert existent. J’aime beaucoup le slogan d’une d’entres elle “We put the dirt back in childhood !” (“nous remettons (de) la terre dans l’enfance”)

Le tour du monde est encore long et la liste d’exemples aussi !

Pour aller plus loin, je vous conseille mon article « ils ont grandi au large », qui illustre un magnifique exemple d’éducation alternative.

 

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L'Ecole à Ciel Ouvert :
Quels sont les Freins ?

Julie Delalande soulève, très justement, la question « Que fait-on de nos peurs d’adultes pour redonner une part de liberté aux enfants ? » 

La méconnaissance des principes pédagogiques de cet enseignement, la surprotection des enfants, le financement, le manque de qualifications, l’accessibilité aux milieux naturels et la réglementation, constituent les freins principaux.

Des associations d’enseignants ou d’écologistes se mettent en place et proposent des formations pour les professeurs : par exemple WWF, Silviva ou encore Eveil et Nature « qui propose de réveiller le passeur de nature qui sommeille en vous »

Les enseignants doivent réfléchir sur la durée. Quel cours peuvent-ils faire dans la nature ? Combien de fois par semaine veulent-ils s’y rendre ? Quel accompagnant ? 

 

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L’accessibilité à la nature dans les milieux urbains est un des freins principaux. Cependant, ce n’est pas incompatible et beaucoup de pays l’ont compris. Les parcs et les jardins publics font de parfaites salles de classe. Les cours de récréation peuvent être réaménagées ou « ensauvagées », (potagers, jardins, espaces verts).

Les parents, quant à eux, projettent 3 peurs principales sur leurs enfants : qu’ils se blessent, qu’ils aient froid ou qu’ils se salissent !  Les chutes permettent à l’enfant de mieux gérer les risques, ils peuvent tout autant se blesser dans une cour bétonnée. Pour le froid, « il  n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des mauvais vêtements” ! Bien équipés, les enfants peuvent sortir par tous les temps. 

Pour ce qui est de se salir, je n’aborde même pas le sujet, je laisse la parole à Marcel Pagnol : 

Extrait du Château de ma mère – Claude Berri

L'Ecole des Bois :
mon retour d'Expérience

C’est en Nouvelle Zélande que j’ai découvert le concept de “Bush School”, comme ils l’appellent là-bas. Dans la petite ville de Raglan, très connue pour ses spots de surf, certains enfants y suivent un enseignement bien particulier ! En guise de salle de classe, une jolie yourte trône au milieu d’une clairière bordée par la forêt. J’ai pu voir de près comment se déroule cet enseignement alternatif car j’ai travaillé en permaculture dans la ferme d’un de ces élèves. 

Pas de classification par âge, entre 5 et 9 ans les enfants sont mélangés. Ceux qui ont compris plus vite aident les autres, il n’y a pas de barrière. 
L’entraide et la découverte sont les bases de leur apprentissage.

S’occuper d’un potager est une belle manière de responsabiliser les enfants par la nature. Pour stimuler leur imagination, les enfants ont des ateliers de création où ils choisissent les matériaux qu’ils veulent dans la forêt pour fabriquer des objets. Pour faciliter le lâcher prise et stimuler leur mémoire, ils font des cours de théâtre en plein air.

Et quelle a été ma surprise, quand j’ai découvert que dans cette école, les enfants seraient presque tristes de partir en vacances !

Si vous voulez vous aussi initier ce mouvement, le réseau de pédagogie par la Nature propose des projets de Forest School à la française, pour enseignants, parents ou porteurs de projets. 

Pour aller plus loin, regardez la vidéo ci-dessous, vous verrez en images des exemples d’enseignement par la nature qui fonctionnent ! 16 min 

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